Méthanisation dans le Lot : catastrophe environnementale et scandale sanitaire à venir pour nos captages d’alimentation en eau potable (AEP) !

Deux projets de méthanisation sont actuellement en cours dans le département : Bioquercy (création) implanté à Gramat, en plein cœur du Parc Naturel Régional (1), et extension LG2 à Mayrac (2), à 22 km du précédent. L’unité de Mayrac va passer de 8500 t/an aujourd’hui à 14 520 t/an. L’impact des effets négatifs cumulés de ces deux structures industrielles inquiète le Groupement Associatif de défense de l’Environnement du Lot (GADEL). Si la Préfète du Lot a signé l’autorisation pour Gramat, elle n’a pas à notre connaissance encore donné le feu vert pour Mayrac.

L’usine Bioquercy (Fontroche / Capel – La Quercynoise) permettra de traiter environ 50 000 tonnes de matières organiques par an. Elle sera néanmoins dimensionnée pour accueillir jusqu’à 30% d’intrants supplémentaires, soient 64 000 tonnes par an. Les quantités prévisionnelles de matières organiques reçues sur BIOQUERCY sont rappelées ici en pourcentages :

  • Déchets d’abattoirs et graisses: 21,67%

  • Fruits et légumes / cultures : 1,61%

  • Déchets d’industries agroalimentaires : 2,92%

  • Boues de station d’épuration : 15,63%

  • Fumier et lisier : 58,17%

Pour des raisons environnementales et économiques, les déchets ne doivent pas subir de trajet routier trop long pour arriver sur leur lieu de traitement. Ainsi, on fixe une limite de temps de trajet préférentielle à environ 1h30 (130 km) en poids lourds (camions de 35 tonnes). Pour ce projet la majorité des déchets entrant provient du Nord du Lot.

En ce qui concerne les matières futures pouvant être accueillies par BIOQUERCY, leur origine géographique sera de préférence comprise dans les limites fixées par l’isochrone défini par la cartographie ci-après, de manière à limiter leur trajet. La liste principale des déchets peut être complétée après la mise en route de BIOQUERCY. Ces derniers seront aptes à être accueillis en méthanisation conformément à la réglementation. Cette liste complémentaire comprend 30 postes (Déchets d’agents de conservation, déchets de tissus animaux, boues provenant du traitement in situ des effluents, etc…). Ce projet de méthanisation présente donc une très grande diversité d’apports qui compliquera le fonctionnement de l’unité de méthanisation (3). Les déchets admis présenteront également des teneurs en éléments traces métalliques et PCB très variables du fait de leur diversité.

gramat-1

Une fois le processus de méthanisation réalisé, on obtient un résidu de la digestion appelé « digestat » qui possède des propriétés fertilisantes mais présente des risques environnementaux et sanitaires. Dans le cadre du projet BIOQUERCY, le digestat brut sera entièrement valorisé par épandage sur les terres environnantes. C’est là que les problèmes se posent, car la majorité des parcelles concernées se situent en sol karstique, sur un sol très vulnérable, exclusivement sur le territoire lotois alors qu’une partie des déchets entrants proviendront des départements limitrophes.

Les porteurs de projet, ont effectué principalement la sélection des parcelles à épandre sur la base de leurs éléments limitants : teneur en Nickel, flux en PCB, Zinc, matière sèche, proximité des cours d’eau, pente des terrains et périmètre de protection de certains captages. Avec ces premières contraintes les surfaces possibles pour l’épandage sont passées de 8825 ha à 3900 ha environ.

L’analyse du plan d’épandage (4) montre à l’évidence l’absence de prise en compte des rapports hydrogéologiques récents qui mentionnent les secteurs les plus vulnérables concernant 4 captages AEP : Font del Pito dans la vallée du Célé, Courtilles, Cabouy, Fontbelle, ainsi que la résurgence Saint-Sauveur pour le bassin versant de l’Ouysse.

Un document réalisé par un collectif de compétences, dont l’ARS et l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, sur la protection des captages en milieu karstique (5) montre la méthode à mettre systématiquement en œuvre à l’échelle de l’aire d’alimentation d’un captage pour assurer sa protection. Il s’agit de la méthode PaPRIKa dont l’acronyme signifie « Protection des aquifères karstiques basée sur la Protection, le Réservoir, l’Infiltration et le degré de Karstification ». Elle prend en compte la couverture végétale, l’infiltration, la roche du réservoir et le taux de karstification.

Son application au bassin versant de l’Ouysse montre l’extrême vulnérabilité des secteurs où vont s’effectuer les épandages. Les zones à vulnérabilité très forte sont en rouge, forte en orange et moyenne en jaune. On constate que l’ensemble du bassin versant de l’Ouysse est classé principalement en zone à vulnérabilité très forte à forte.

Les systèmes karstiques de l’Ouysse (nord du Causse de Gramat – Lot) sont captés pour l’alimentation en eau potable par 3 captages:

  • le captage de la source de Fontbelle, exutoire d’un système karstique drainant l’ouest du Causse,
  • le captage de la source de Cabouy, exutoire d’un système karstique drainant la partie Est du Causse,
  • le captage de Courtilles recoupant et captant la rivière souterraine des Vitarelles, drain principal du système karstique de Cabouy.

Pour ces trois captages la cartographie de la vulnérabilité a été réalisée à l’aide de la méthode PaPRIKa.

La vulnérabilité globale fait apparaître que les zones les plus vulnérables sont situées :

  • en amont des principales pertes,

  • à la verticale des principales vallées sèches ou à écoulement temporaires,

  • le long des grands accidents structurants du Causse (failles géologiques),

  • au droit des principales manifestations karstiques identifiées (gouffres, dolines, rivières souterraines).

gramat-2

Cette problématique concerne aussi le bassin d’alimentation de la rivière Célé et de ses captages AEP associés, en particulier celui de Font del Pito. L’épandage se fait là aussi sur certaines zones très vulnérables, en particulier au niveau des pertes qui alimentent ce captage.

Le guide sur la protection des captages en milieu karstique recommande certaines mesures visant à leur protection, qui sont mentionnées dans le code rural (article R.114-6 du Code rural). Celles concernant la gestion des intrants dans le sol recommande en particulier la réduction ou l’interdiction des intrants azotés ou phosphorés. Le digestat, résidu issu de la méthanisation, entre en effet dans ce cas.

Ce point a fait l’objet d’une question posée par le Député Alauzet à Mme la Ministre de l’Environnement (6). Son constat est rappelé ici : « Ce résidu n’est en rien appauvri en matières organiques, chaque unité d’azote ou de phosphore méthanisée se retrouvant dans le digestat. Ce digestat est alors l’équivalent, en charge de nutriments, d’un lisier de porc. Il est donc nécessaire d’être vigilant sur l’utilisation de ce digestat, car l’épandage, comme engrais, des résidus d’azote issu de la méthanisation sur les terres avoisinantes des unités de méthanisation représente une menace environnementale envers la qualité de l’eau et des prairies. L’azote du digestat se présente sous forme minérale à 80 % contrairement au fumier de bovin à 80 % sous forme organique. Cette différence est très importante : si l’azote organique est assez bien retenu par le sol et assimilé par les plantes de façon progressive, il n’en est pas de même pour l’azote minéral. Très soluble, il est directement disponible pour les plantes, mais tout excès percole irrémédiablement en profondeur du fait de l’absence de fixation dans le sol. Il rejoint ainsi les eaux souterraines ou superficielles. Les conséquences de cette absorption dans les eaux souterraines ou superficielles d’une quantité supérieure d’azote sont doubles : une pollution des eaux aggravées et un appauvrissement de la richesse floristique des prairies…..

Dans tous les cas il est impératif de bien prendre en compte la taille de l’unité de méthanisation en fonction de la capacité du territoire à accepter les rejets, et le cas échéant de prévoir l’exportation de ces rejets »

Le projet de Gramat ne prend pas en compte ce point, l’examen du plan d’épandage montre à l’évidence qu’on épand sur l’ensemble des zones les plus vulnérables.

On peut aussi constater que la taille du projet a considérablement évolué ( article La Dépêche du Lot du 27/12/2012). On passe de 33852 t/an à 64000T/an de déchets entrants, pour un secteur d’approvisionnement qui évolue de 50km à 130km !

Un autre point important concerne l’hygiénisation du digestat. C’est un produit qui est hygiénisé, mais pas complètement comme le souligne l’ADEME (7) : « la méthanisation permet de réduire significativement et de manière plus importante qu’un simple stockage, la quantité de germes indicateurs les plus sensibles (E. Coli) mais n’affecte pas les germes les plus résistants (bactérie C. Perfringens). ».

Pour ces germes les plus résistants, comme le souligne l’ANSES (8), la montée en température dans la phase d’hygiénisation active cette bactérie, qui lors du refroidissement se multiplie très rapidement.

Ce fait pose problème vis à vis d’un épandage sur des zones très vulnérables où le ruissellement en terrain karstique risque d’amener tôt ou tard ces bactéries dans les eaux souterraines, avec un scandale sanitaire à la clef.

Le transport par la route de ces effluents sur plusieurs départements pour alimenter Bioquercy en flux tendu laisse également perplexe par rapport aux mesures de confinement liées aux épisodes de grippe aviaire.

On peut également souligner que les digestats contiennent des ETM et des PCB qui sur un sol vulnérable percoleront dans les eaux souterraines des sols calcaires. Les PCB sont des perturbateurs endocriniens (PE) reconnus, nocifs pour l’être humain. Plusieurs substances PE sont classées  « cancérogène avéré » par le CIRC (Centre d’Information et de Recherche sur le Cancer).

On peut s’étonner de l’absence de réaction du Parc qui porte le projet vis à vis de ces problématiques, du Syndicat du Bassin de la Rance et du Célé, de nos représentants du Comité de Bassin de l’Agence de l’eau Adour-Garonne (M.M Martin Malvy, Président et Serge Bladinières) et de nos élus politiques sur un sujet aussi sensible : la préservation de nos ressources en eau souterraines. Ces dernières jouent en effet un rôle fondamental de soutien à l’étiage dans une perspective de réchauffement climatique où ces périodes d’étiage seront de plus en plus longue.

Alors que la qualité des eaux du Célé vient d’être remise en cause (La Dépêche du 15/12/16), les responsables du Syndicat Mixte de la Rance et du Célé et les gestionnaires du SAGE devraient s’inquiéter…

Il est également surprenant que le Département ne se soit pas exprimé, lui qui est impliqué à double titre : en tant que gestionnaire du Plan Départemental de Gestion des Déchets et du Schéma Départemental d’Alimentation en Eau Potable…

Et que penser de la position en retrait de Jean Launay, Député du nord du Lot et impliqué à divers degrés dans plusieurs instances de gestion de l’eau ? Quant à Vincent Labarthe, candidat à sa succession à l’Assemblée Nationale, son rôle est plus qu’équivoque !

On peut aussi relever le comportement de la région Occitanie, qui vient d’attribuer une subvention de 2,5 millions d’euros au projet Bioquercy à Gramat, ce malgré les alertes lancées par divers élus sur ce projet. L’Assemblée Régionale a par le passé octroyé des financements à d’autres unités de méthanisation de taille modeste, avec des circuits courts pour l’approvisionnement en intrants : Cuma du Portalou sur le Larzac (10), site de l’exploitation agricole du lycée Jean-Monnet à Vic en Bigorre (11). Paradoxalement le plus gros projet de méthaniseur industriel soutenu à ce jour par l’Occitanie se situe sur un des territoires les plus fragiles de la nouvelle Région !

Les propos datant de 2014 de Vincent Labarthe, vice-président régional en charge de l’agriculture et de l’enseignement agricole, relatifs au développement des unités de méthanisation, ne sont plus d’actualité en 2016 : pour rappel « La méthanisation agricole est une démarche d’économie circulaire autour d’une énergie non délocalisable. On veut la valoriser. » Ceci étant, il avait tenu à mettre en garde les porteurs du projet. « il faut bien réfléchir à la méthode d’épandage, qui peut être un élément bloquant. On sera très vigilant sur ce point. »

Avec les deux projets actuels portés dans le Lot par la région et les élus du département, nous sommes très loin de la vigilance annoncée, des circuits courts et d’un épandage raisonné, respectueux de l’environnement !

L’unité de méthanisation BIOQUERCY qui prévoit la collecte jusqu’à 150 km avec des camions de 35 tonnes est en contradiction avec la mesure 1.4.3 « S’engager dans la production d’énergies locales et renouvelables », de la Charte du PNR des Causses du Quercy pour la période 2012-2024 (consultable sur le site :http://www.parc-causses-du-quercy.fr).

Ce projet industriel (12) nécessite d’être revu à la baisse, avec une vue d’ensemble de la gestion des déchets au niveau du département et de la région, afin que l’ensemble du territoire puisse participer à la valorisation des digestats, qui ont toujours le statut de « déchets » sans dégrader irrémédiablement les eaux souterraines et sans risquer un scandale sanitaire (13). La concentration actuelle de Bioquercy en plein cœur du Parc, ajoutée de celle de Mayrac à 22 Km seulement de distance manque de cohérence. Principe de précaution oblige !

Quelle image touristique pour le Lot ? Captages AEP et eaux de baignade dégradées, résurgences et rivières eutrophisées, sols contaminés par les résidus d’ETM, de produits vétérinaires, de PCB, traversées de bourgs et villages par des camions d’équarissage de 35 t…

Quelle incidence potentielle auprès du Comité de validation sur la candidature du PNRCQ au label «  Géoparcs mondiaux » ?

(1) http://www.lot.gouv.fr/IMG/pdf/2_Lettre_de_demande_d_autorisation_unique.pdf

(2) http://www.lot.gouv.fr/2016-mayrac-extension-installation-de-a11410.html

(3) http://www2.assemblee-nationale.fr/14/les-delegations-comite-et-office-parlementaire/comite-d-evaluation-et-de-controle-des-politiques-publiques/secretariat/a-la-une/examen-du-rapport-sur-le-developpement-des-energies-renouvelables-et-de-l-efficacite-energetique

(4) http://www.lot.gouv.fr/IMG/pdf/3_Etudes_d_impacts.pdf

(5) http://www.ars.occitanie.sante.fr/fileadmin/LANGUEDOC-ROUSSILLON/ARS/2_Votre_sante/Votre_environnement/eau/hydrogeologue/guide_karst_BD-072011.pdf

(6) http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-24031QE.htm

(7) http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/fiche-technique-methanisation-201502.pdf (fiche-technique-methanisation-201502)

(8) https://www.anses.fr/fr/system/files/ORGALAND_FGAM_2013-0698_Ans.pdf

(9) http://www.cancer-environnement.fr/274-Perturbateurs-endocriniens.ce.aspx

(10) http://www.midilibre.fr/2014/02/03/la-methanisation-avance-pas-a-pas-sur-le-larzac,816967.php

(11) http://www.mpbois.net/vic-en-bigorre.-developpement-durable-et-transition-energetique-actualite.a174.html

(12) http://objectifnews.latribune.fr/economie/developpement-economique/2015-02-20/pourquoi-les-fermes-usines-font-debat-en-midi-pyrenees.html

(13) http://www.adpn-asso.org/index.php?cat=Arguments (ANALYSE CRITIQUE D’UN PROJET D’UNITÉ DE MÉTHANISATION, => Risques de BOTULISME) 

Lorsque les élus favorisent les intrigues politiciennes ouvrant la porte aux possibles conflits d’intérêts et que les Services de l’État négligent l’Intérêt Général, il appartient à la Société Civile de se mobiliser afin de réactiver les fondements de la démocratie.

Le GADEL a initié une conciliation auprès de madame Catherine Ferrier, Préfète du Lot. Les objectifs : réduire de moitié l’ambition des porteurs de projet et trouver une solution plus réaliste pour la valorisation du digestat.

En cas d’échec, le contentieux administratif à l’encontre de l’Arrêté Préfectoral d’autorisation et la saisine du Juge des Référés en suspension de ce même AP, afin de stopper les travaux en cours, seraient de légitimes recours.

Chaque lotois, tout habitant d’ Occitanie peut soutenir notre démarche citoyenne.

Le GADEL

Publicités

Lettre du Gadel à Mme DELGA présidente de la région Occitanie

Cahors le 14 décembre 2016

1622/S/JP

OBJET : « Méthaniseur de GRAMAT » et « Méthode DELGA »

Madame la Présidente,

Depuis plusieurs mois le GADEL s’attache à mettre en évidence les antagonismes qui émergent du projet industriel cité en objet.

Nos arguments ont été largement diffusés : élus régionaux et départementaux, grand public, services de l’Etat. La majorité régionale, retranchée derrière les dogmes de l’Intérêt Régional et de la porteuse Transition Energétique s’apprête à voter une subvention de 2.5 Millions d’euros. Une nouvelle fois des fonds publics seront injectés dans un projet privé (pourtant économiquement contestable aux dires de l’ADEME) et peu compatible avec la notion d’Intérêt Général.

Le GADEL tient à jouer jusqu’au bout son rôle de lanceur d’alerte à l’égard des décideurs en rappelant les motifs de son opposition au projet en l’état.

La liste des anomalies n’est pas exhaustive :

– Priorisation de l’aspect énergétique alors que le procédé est avant tout un outil d’élimination et de valorisation de déchets organiques,

– Absence de planification d’une transition énergétique territoriale prenant en compte l’ensemble des techniques constituant le bouquet des énergies renouvelables et justifiant notamment de la création d’un parc de méthaniseurs de petite taille (modèle « à la ferme »), soutien à l’agriculture productiviste et à l’agro-alimentaire industriel pourtant décriés par les scientifiques et la société civile,

– Surdimensionnement de l’unité qui conduit à l’importation de déchets entrants en provenance des départements voisins (jusqu’à 150 km),

– Gestion exclusivement locale sur des communes lotoises parfois classées en ZVN par épandage du digestat qui constitue toujours un déchet,

– Aggravation des pollutions (sol-air-eau) avérées dans le département du Lot,

– Compromission de l’image de marque du PNRCQ, vitrine régionale vectrice de développement touristique,

– Mauvaise prise en compte de la problématique transport avec ses nuisances et son incidence sur le réchauffement climatique,

– Non-sens agronomique : appauvrissement des sols par carence du carbone nécessaire à la production d’humus,

– Pollution irrémédiable du milieu karstique et des réseaux aquifères (formule très lessivable d’un digestat à très haute teneur en nitrates) qui alimentent plus de la moitié de la population lotoise en eau potable,

– Superficialité de l’évaluation environnementale et de l’impact naturaliste,

– Prise de risque sanitaire au niveau des captages AEP (principe de précaution) par sur-nitrification et compte-tenu de l’efficacité limitée de l’hygiénisation qui n’élimine ni certaines «bactéries tueuses» (Rapport ANSES) ni les résidus de PCB, de biocides, antibiotiques et autres produits vétérinaires, métaux lourds…

– Non éligibilité du projet au « fonds chaleur » (Etat-Europe) ce qui augmente d’autant plus la participation financière de la Région,

– Mise en concurrence pour l’approvisionnement et l’épandage avec le méthaniseur à la ferme de MAYRAC, voisin d’une vingtaine de kilomètres (proscription ADEME 2016).

Nos propositions :

Force constructive, le GADEL fait des propositions pour une évolution du projet conforme aux intérêts locaux en matière d’économie, de préservation de l’environnement et du cadre de vie :

– Réduction de moitié du potentiel de l’unité en la réorientant vers la seule production de chaleur nécessaire au fonctionnement du méthaniseur et aux locaux de l’entreprise «La Quercynoise »,

– Pas d’épandage du digestat mais un traitement complémentaire pour une dénitrification et une hygiénisation suffisante (ANSES) qui sécuriseraient son utilisation agronomique : le co-compostage ou la production d’engrais organique constituent des débouchés possibles.

Le GADEL a engagé un recours gracieux auprès de Madame la Préfète du Lot aux fins d’une révision de l’arrêté préfectoral d’autorisation. Nous rencontrons lundi 19 décembre le sous-préfet de Gourdon, l’ARS et la DREAL afin d’envisager cette éventualité.

Nous vous demandons de bien vouloir surseoir au vote de la subvention dans l’attente des résultats de cette conciliation. Cette démarche nous semblerait mieux convenir à la «méthode DELGA» telle que vous l’avez dernièrement exposée dans les médias.

Recevez Madame la Présidente l’expression de mes meilleurs sentiments.

Jacques PHILBERT

Président du GADEL

 

Le digestat : un produit encombrant et dangereux ?

Un scandale sanitaire à venir ?

Le digestat est il aussi inoffensif  pour la santé et l’environnement que les études de FONROCHE  le disent ?

Ce n’est pas l’avis  du Directeur général de l’ANSES  (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail) qui donne un avis défavorable à l’homologation du digestat dans un dossier concernant la transformation de produits organiques à partir de déchets d’exploitations agricoles, d’industries agro-alimentaires et d’abattoirs (cf. pièces jointes en fin d’article).

Principaux arguments avancés :

  • Les données bibliographiques sont  insuffisantes  pour évaluer les risques sanitaires,
  • Il n’existe  pas assez de recul sur  les utilisations  des produits en situation réelle,  qui seront  inhomogènes dans leur composition selon la provenance et les proportions des intrants,
  • Les produits issus du digestat « ne devront pas être utilisés sur cultures légumières, maraîchères et sur toutes cultures dont les aliments consommés en l’état sont en contact avec le sol, ainsi que sur prairies et gazons. » ;  si les produits transformés sont dangereux sur le plan sanitaire que penser de l’épandage direct du digestat produit par le méthaniseur de Gramat ?
  • Il n’y a pas, malgré une hygiènisation, une innocuité parfaite du produit final : les germes évoqués par cette étude sont aussi présents (entérocoques) en quantités non négligeables dans les études hydrogéologiques récentes réalisées sur les Causses du Quercy, études dont Fonroche n’a pas tenu compte.

Dans son arrêté d’autorisation la préfète du Lot n’a pas tenu compte des réserves émises par le GADEL sur l’utilisation du digestat  liquide sur les prairies du PNRCQ.

        Et ce n’est pas la seule lacune du document administratif en question…

 

https://www.anses.fr/fr/system/files/ORGALAND_FGAM_2013-0698_Ans.pdf

https://www.anses.fr/fr/system/files/MFSC2014sa0230.pdf

 

Le GADEL sur tous les fronts

 NON à la désertification, NON aux pollutions de l’air, des sols et de l’eau

Le GADEL (Groupement Associatif de Défense de l’Environnement du LOT) est une association citoyenne, agréée dans la protection de l’environnement.  Forte de 30 associations fédérées représentant quelque 1200 adhérents individuels.  Affiliée à FNE Midi-Pyrénées et membre du réseau national, elle défend l’Intérêt général et l’Environnement.
Nous ne voulons pas que, par manque d’attractivité,  le LOT devienne un désert : aujourd’hui  33 hab./km2.
Nous prenons position dans les dossiers d’aménagement de notre territoire.

C’est pour cela que nous sommes présents ce jour, pour défendre le train de nuit Paris-Rodez, que nous demandons la remise en état de la ligne Capdenac-Cahors, que nous sommes opposés à la Voie d’Avenir dans le nord du LOT, que nos élus veulent nous imposer.

En ce moment, il y a une mobilisation à Carennac (un des plus beaux villages de France) parce que le Conseil Départemental sous prétexte de consolider leur pont, fera passer la limite actuelle de 16 T à 44 T. Ainsi les camions de 35 tonnes pourront aller chercher le lisier de la porcherie industrielle située à Carennac afin d’alimenter l’usine à méthanisation de Gramat ! Coût 2 Millions €.

 Toutes formes de pollutions affectent notre territoire avec les conséquences environnementales et sanitaires qui en découlent…
Pollution de l’air liée aux pesticides mais aussi à la combustion du bois ont été mises en évidence par des mesures de qualité réalisées en vallée du Lot (Douelle et Prayssac) par l’ORAMIP.

Le brûlage à l’air libre de 50kg de déchets verts représente  l’équivalent de 10 000km de pollution générée par un véhicule Diesel récent ou 38 000 km d’un véhicule à essence.
Dans le LOT, à part 3 chaufferies collectives (Cahors, Lacapelle Marival et Gourdon),  toutes les chaufferies du SYDED et aussi les autres souvent communales, sont HORS NORMES ET POLLUANTES. Pour exemple,  celle de Cajarc brûle 7 tonnes de bois / jour, à côté des écoles ! Comme les très vieux poêles ou inserts, elles sont responsables d’ une pollution particulaire identique à celle de l’agglomération toulousaine.
Aujourd’hui c’est la pollution des sols et de l’eau qui nous préoccupe tout particulièrement avec le projet de méthanisation de GRAMAT qui détourne la finalité d’un procédé de traitement des déchets que nous défendons.
En parallèle de la structure de production 4 sites de stockage de 1000 ou 5000 m3 pour  le résidu ou digestat.
Le projet de Gramat, sous prétexte de développement durable,  est une « pompe à  fric » au  service de l’agriculture productiviste, au détriment  des habitants de ce territoire,  sans  se préoccuper de leur santé, ni du patrimoine collectif ou privé et surtout pas d’écologie.
FONROCHE est « la branche énergie renouvelable » d’une multinationale EURAZEO, une des 5 plus grosses sociétés d’investissement dont le slogan est « accélérateur de transformations » ! Et l’entreprise agit comme un rouleau compresseur.

Quoique favorables à la méthanisation qui a un rôle à jouer  dans le bouquet des énergies renouvelables , nous sommes opposés à ce projet pour plusieurs raisons :
1 – Surdimensionnement : pour obtenir 54 000 T de déchets,  la collecte du produit entrant se fera à 150km autour de Gramat (Aurillac,  Montauban, au-delà de Brive, en Dordogne et dans l’Aveyron ) car les déchets locaux représentent moins de 20 000T.  Des camions spéciaux, type équarrissage, de 35 tonnes,  utiliseront des routes limitées à 19 T  comme cela se produit en Lot et Garonne. A Carennac , où il y a un pont suspendu limité à 16T,  la collectivité départementale choisit donc d’investir 2M €, voire le double (parce qu’elle n’a pas pris en compte les dépenses collatérales) !

2 -L’épandage de 45000T de digestat de provenance multi-départementale se fera sur 4 500 ha exclusivement lotois dont 90% très fortement vulnérables  en grande partie  situés dans le Parc Régional Naturel des Causses du Quercy !
Le digestat obtenu après extraction du biogaz sera épandu sur un sol non adapté à cette forme d’engrais organique fortement nitraté et facilement lessivable.
Cet épandage se fait  en sol karstique sur les bassins d’alimentation de captages qui alimentent en eau potable plus de la moitié du LOT.
Les études hydrogéologiques récentes mettent déjà en évidence la mauvaise qualité de l’eau sur le plan nitrate mais aussi bactériologique, contamination aux pesticides (présence de dérivé de glyphosate et atrazine), métaux lourds, n’ont pas été prises en compte parce que nos élus, présidents de syndicats de l’eau,  n’ont pas fait les démarches de déclaration d’utilité publique garantes d’une protection efficace.
En conséquence les épandages se font sur des zones de protection rapprochée des captages.
Cet épandage touche 70 communes, de Meyronne à la vallée du Célé, du Ségala à Mayrac où une installation de méthaniseur à la ferme veut devenir semi-industrielle, alors qu’elle va déjà chercher des déchets jusqu’à Aurillac ! Les 2 projets voisins  d’une vingtaine de  kilomètres sont donc en concurrence pour l’approvisionnement en déchets et l’épandage. Il faudra donc aller chercher de plus en plus loin les produits à traiter ou créer localement de nouvelles sources à exploiter : élevages hors sol et augmentation du potentiel de l’industrie agro-alimentaire…
Les études des risques sanitaires et des dangers d’explosion ne sont faites que par modélisation ou d’après des documents bibliographiques.
Certains risques sanitaires sont même occultés , en particulier les rejets de la chaudière, de la torchère ( 2 500KW) qui ne respecte pas  la règlementation pour la hauteur de la cheminée permettant une bonne dispersion des rejets polluants .
Fonroche qui se dit leader dans ce domaine n’a, en fait, aucun recul sur les conséquences des épandages puisqu’à ce jour, il ne gère qu’un site de production en activité depuis un an :  pas de retour d’expérience. En outre, le modèle en question ne fonctionne pas en sol karstique.
3  – Le coût pour la collectivité.
Ce projet coûtera entre 12 et 15 Millions€ avec un bénéfice net évalué à 350 000€/an, hors subventions.
Pour Gramat, les aides publiques directes seront de 2,5 Millions€, exclusivement  régionales contrairement à d’autres projets identiques qui ont le plus souvent des aides d’Etat et Européenne. Cela est lié au fait que le procédé employé n’est pas éligible à ces subventions. D’autre part, la technologie retenue par l’arrêté préfectoral récemment signé n’est pas celle  décrite dans l’enquête publique !
Le contribuable d’Occitanie va donc payer pour que le bénéfice net de Bioquercy passe de 350 000€ à 500 000€ par an. Cela se fera au détriment d’autres projets régionaux d’intérêt général.
Le dossier d’enquête publique comportait de nombreuses irrégularités et un non respect de la réglementation. Il   fragilise l’arrêté préfectoral  qui devient contestable sur le plan administratif, s’il n’y a pas un recul des positions de l’administration et du porteur de projet  pour adopter une solution  locale qui traiterait les seuls déchets de la Quercynoise,  avec pour seul objectif  la production de chaleur nécessaire à l’entreprise. L’épandage pourrait être remplacé par du co-compostage (cf. projet SYDED) ou par la production d’engrais organiques azotés solubles comme Fonroche va le faire en Bretagne ou en Vendée  où les épandages sont très contrôlés sur des unités de traitement de 100 000 tonnes de déchets.
Enfin, nous dénonçons une tentative de récupération, par l’élu régional du  Front National, de la pétition du collectif citoyen qui a été infiltré ainsi qu’une exploitation du travail fourni par le GADEL depuis 5 mois sur ce dossier,  ce à des fins uniquement politiques et  bien éloignées des préoccupations  environnementales.