Le Collectif lotois nous communique les réflexions d’un habitant de Gramat…

Gramat et son unité de méthanisation Bioquercy surdimensionnée : pollution de l’air à venir

L’émission télévisée sur France 3 du mercredi 28/12/16 (« Le monde de Jamy » : dans la tête de nos animaux préférés) montre le Centre National d’Instruction Cynophile de la Gendarmerie (CNICG) à Gramat, qui effectue le dressage des chiens destinés à servir dans la gendarmerie. Un passage rappelle l’importance des particules qui permettent à l’odorat très développé de certaines races de chien de retrouver même après plusieurs jours une personne avec la simple odeur d’une bague par exemple et le travail remarquable accompli par ce centre de formation de maîtres chiens. Cette démonstration, dans le cadre de cette émission, s’est déroulée dans les rues de Gramat, puis en périphérie.

Gramat est situé dans le Lot, au cœur du Parc Naturel régional des Causses et du Quercy (PNRCQ), région ayant un attrait touristique remarquable pour la beauté de ses paysages, son absence de pollution pour l’air et l’eau, sa qualité de vie, ses habitants…

Le CNICG renforce encore cet attrait touristique par la qualité de son travail, son utilité au service du bien public, et sa renommée, qui dépasse de très loin le département du Lot. Il est implanté aux abords de Gramat, sur un point haut, non pollué par les particules ou poussières de toute sorte liées à l’activité humaine. Il constitue un bassin d’emploi important pour la région comme on a pu le constater en juin 2015 par la mobilisation de l’ensemble des élus face au risque de son transfert sur un autre site (1).

L’implantation d’une très importante unité de méthanisation (Bioquercy ; 2), en plein cœur du Parc, de capacité 64000T/an, située à quelques kilomètres interpelle : le CNIG se situe en effet en limite de la zone d’étude des rejets aériens (3) de cette installation.

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Les principaux ouvrages :

Les principaux ouvrages prévus sur le site d’une superficie de 16 155 m² seront les suivants :

  • Un hall de réception abritant la fosse de réception (fosse semi-enterrée d’un volume utile de 630 m3), et des locaux techniques de 382 m2 ;

  • 2 colonnes d’hygiénisation.

  • Une unité de désulfuration (traite le sulfure d’hydrogène, nuisible pour l’environnement humain et le matériel), de hauteur 16 m, diamètre 3,5 m et volume 150 m3.

  • 1 digesteur : 21,34 m de diamètre pour 20,69 m de haut, c’est-à-dire 6100 m3 de volume utile et 640 m3 de capacité de stockage de biogaz ;

  • 1 post-digesteur : 21,86 m de diamètre pour 10 m de haut, c’est-à-dire 1 500 m3 de volume utile et 1 000 m3 de capacité de stockage de biogaz

  • 1 cuve de stockage de digestat de 36,4 m de diamètre pour 12,75 m de haut, c’est à dire 5 000 m3 de volume utile;

  • Un Biofiltre pour le traitement de l’air odorant dans le bâtiment et sa cheminée de hauteur 12 m;

  • Un bassin de rétention permettant de gérer l’ensemble des eaux circulant sur l’installation (eaux de pluie et eaux d’extinction incendie) ;

  • Un pont bascule à l’entrée du site, pour la pesée des matières entrantes ;

  • Un moteur de cogénération et sa cheminée de hauteur 10 m ;

  • Une torchère de hauteur 7,1 m , qui permet de détruire le biogaz non valorisable ;

  • Une chaudière ;

  • Une aire de circulation bitumée.

Une telle installation entraîne forcément des « nuisances », du fait des rejets atmosphériques (particules, odeurs, etc…), qui au dire de FONROCHE sont « modérées » (2), mais qu’il importe de quantifier correctement, ce qui ne semble pas être le cas.

Les rejets :

Les rejets atmosphériques proviennent du Biofiltre, de la torchère, du moteur de cogénération et de la chaudière.

Les communes susceptibles d’être impactées par les rejets du futur site de FONROCHE sont les communes

situées dans un domaine centré sur le site d’environ 5 km par 5 km (rectangle bleu de la zone d’impact potentiel), à savoir : les villages de Gramat ; Bio ; Issendolus et l’Hôpital d’Issendolus (3).

L’ensemble des ERP (ERP : Etablissements Recevant du Public), Etablissements « sensibles » et riverains les plus proches du site sont localisés sur la figure suivante.

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Les principaux composés émis par un moteur de cogénération peuvent être regroupés en 4 catégories : les polluants généraux ( NOX, SOX, CO et poussières ); le formaldéhyde représentant les COVNM (Composés Organiques Volatils Non Méthaniques) ; les HAP (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques) ; les ETM (éléments traces métalliques : Hg, Tl, Cd, Pb, As, Se, Te, Sb, Cr, Co, Cu, Sn, Mn, Ni, V, Zn). Il est à noter que les COV dépendent du type d’intrants qui sont amenés dans l’unité de méthanisation (1 ; 2).

La cheminée du moteur de cogénération, de 10 m ici, ne respecte pas non plus la hauteur réglementaire de 27m, imposée par la réglementation, qui permet une dilution convenable des rejets atmosphériques.

Les simulations conduites par le bureau d’études portant uniquement sur les rejets du moteur de cogénération l’amène à conclure que le risque sanitaire chronique cancérigène lié à l’inhalation des polluants atmosphériques émis par le futur site est non significatif sur l’ensemble du domaine d’étude.

L’examen attentif du dossier amène cependant au constat suivant : toutes les sources d’émission ne sont pas analysées, à la demande du porteur de projet FONROCHE, en particulier ceux du Biofiltre, de la chaudière, et de la torchère. Quelle est la validité de ces simulations si l’ensemble des rejets atmosphériques réels de l’installation ne sont pas pris en compte ?

Ci-joint l’extrait du rapport d’évaluation des risques sanitaires (3) :

« D’après les éléments fournis par FONROCHE, les sources d’émissions atmosphériques dans l’enceinte de l’installation de méthanisation seront le moteur de cogénération, la torchère et le biofiltre. Ces sources seront de types canalisées. Par définition, les sources d’émissions canalisées correspondent à des émissions

rejetées par des équipements raccordés à un conduit.

Toutefois, à la demande de FONROCHE, l’impact sanitaire du biofiltre et de la torchère n’a pas été appréhendé en raison de :

  • l’absence de données suffisantes permettant d’identifier et de quantifier les substances émises par le biofiltre ;

  • la très faible probabilité d’utilisation de la torchère. La cheminée de la torchère peut devenir source d’émission uniquement en cas de défaillance prolongée (plus de 3 heures) du système de valorisation du biogaz et notamment du moteur de cogénération. En dessous de 3 heures, les stockages de biogaz sont suffisants pour éviter une mise en route de la torchère. Les problèmes majeurs qui nécessiteraient un arrêt complet du moteur de cogénération ont une probabilité infime de se produire (de par la fiabilité du moteur et la maintenance régulière réalisée sur celui-ci). Ainsi, il est possible d’écarter la torchère des sources d’émissions du site en fonctionnement normal, représentatives de l’exposition chronique des populations.

Le moteur de cogénération est donc la seule source d’émission prise en compte dans la présente étude. Elle sera prise en compte dans son fonctionnement normal, à savoir alimentée par du biogaz. »

Pour la torchère il n’est pas du tout certain, contrairement à ce qu’affirme FONROCHE, que durant la période de mise en route de l’installation, et même en fonctionnement normal, le biogaz n’étant pas toujours de qualité suffisante pour alimenter le moteur de cogénération, les durées de fonctionnement de la torchère soient négligeables. Ce point est souligné par le rapport parlementaire sur les énergies renouvelables d’octobre 2016 (4) qui pointe la difficulté à stabiliser le fonctionnement des installations multi-intrants ce qui est le cas ici. Cela entraîne des arrêts d’installation et le recours au brûlage du biogaz dans la torchère, qui produit alors des rejets atmosphériques supplémentaires.

Pour les simulations, les éléments suivants n’ont pas non plus été pris en compte:

  • l’ensemble des bâtiments de la Quercynoise, de hauteurs conséquentes, qui représentent un volume important

  • les phénomènes d’accumulation pour des conditions de vents calmes.

Au vu de ces éléments, et des incertitudes qui entachent ces estimations de risque, notamment pour l’Hôpital, la Maison de retraite, et en limite de la zone d’études le collège, les habitations de Gramat hors du centre bourg, ainsi que le chenil, que doit-on penser ?

L’attitude de FONROCHE, de la CAPEL, de la Quercynoise, de nos élus politiques (maires, conseillers départementaux, Parc), censés représenter et défendre la population qui les a élus, ainsi que celle des administrations concernées, censées représenter les intérêts sanitaires de la population vis à vis d’un tel projet interpelle….

Que doit-on penser également de la situation du CNICG par rapport à ce projet, sera-t-elle un nouveau prétexte pour transférer ce centre dans une région moins polluée, sans risque pour le subtil odorat des chiens ?

Que doit-on penser aussi d’une telle installation en plein cœur du Parc, au moment où ce dernier candidate au label « Geoparc », avec l’appui de la région et du département, où est la cohérence d’un tel projet surdimensionné au cœur du Parc. On est en effet passé de 33852 t/an à 64000 t/an de déchets entrants, pour un secteur d’approvisionnement qui a évolué de 50km à 130km ! (article La Dépêche du Lot du 27/12/2012 ; 5). Quelles conséquences pour le Parc et le tourisme ?

(1) http://www.ladepeche.fr/article/2015/06/07/2119787-transfert-du-cnicg-l-ultimatum-des-maires.html et http://www.gramat.fr/uploads/media/CR_4.06.15.pdf

(2) http://www.lot.gouv.fr/IMG/pdf/2_Lettre_de_demande_d_autorisation_unique.pdf

(3) http://www.lot.gouv.fr/IMG/pdf/4_Etudes_de_dangers_et_risques_sanitaires.pdf

(4) http://www2.assemblee-nationale.fr/14/les-delegations-comite-et-office-parlementaire/comite-d-evaluation-et-de-controle-des-politiques-publiques/secretariat/a-la-une/examen-du-rapport-sur-le-developpement-des-energies-renouvelables-et-de-l-efficacite-energetique

(5) http://www.ladepeche.fr/article/2012/12/27/1523977-gramat-du-gaz-et-de-l-electricite-a-partir-des-dechets.html

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Une réflexion au sujet de « Le Collectif lotois nous communique les réflexions d’un habitant de Gramat… »

  1. Comment passer par dessus de nos élus (Parc, Région, Département et communes) pour se faire entendre ?????? jacqueline Cuzin

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