Lettre à Mr Malvy du 20/02/2017

LR/JP 2017- 02

« Le message que nous devons envoyer, c’est que l’agriculture est au service de l’environnement. L’environnement n’est pas une contrainte, ce n’est pas une obligation qui s’impose. C’est au contraire une façon de produire mieux et de prélever moins dans les ressources naturelles ».

Cette phrase, a été prononcée, samedi 18 février 2017 par le Président de la République, à AUCH.

Elle est en parfaite opposition  avec  l’attitude de M.LE FOLL, venu soutenir par sa récente visite dans le LOT, l’usine de méthanisation de GRAMAT, ou  de M. Cazeneuve cautionnant à Saint-Martial-le-Vieux,  il y a quelques jours la ferme usine de 1400 broutards sur le Plateau des Millevaches…

Il faut rappeler aussi les propos de M.V. Labarthe, en février 2014, pour un projet de méthanisation sur le Larzac : « la Région est « vigilante » sur les intentions des porteurs du projet, « la méthanisation agricole est une démarche d’économie circulaire autour d’une énergie non délocalisable. On veut la valoriser. » Ce dernier a tenu à mettre en garde les porteurs du projet. « Ce qui va être fondamental à l’avenir, c’est de bien…… réfléchir à la méthode d’épandage, qui peut être un élément bloquant. On sera très vigilant sur ce point. »

(http://www.midilibre.fr/2014/02/03/la-methanisation-avance-pas-a-pas-sur-le-larzac,816967.php).

Est- on  dans cette logique   sur le territoire du Parc (PNRCQ) ?

Depuis 30 ans, le GADEL se bat pour une agriculture  respectueuse de l’environnement, des paysans et  des consommateurs, pratique adaptée à un territoire extrêmement fragile.

C’est pour cela que, quoique favorable à l’intégration de la méthanisation dans le bouquet de Transition Energétique lotois, le GADEL est opposé à l’unité « gros gabarit »  de méthanisation de GRAMAT  comme  à celle de MAYRAC qui en doublant ses volumes de « déchets entrants » et de « déchets sortants » devient semi- industrielle.

Notre sol karstique très vulnérable, nos eaux souterraines ne supporteront  pas des épandages de DIGESTAT,
(20% plus riche en Azote  que les lisiers) sur 5 500 ha, voire 7000 ha (quand Gramat tournera à plein régime).

Ce digestat  brut, contrairement à ce qui est dit, n’est pas exempt de germes, de PCB, de COV, de métaux lourds, d’antibiotiques  puisque provenant  presque’ essentiellement d’élevages industriels.car ils  ne sont pas dégradés par la méthanisation et se retrouveront dans le digestat.

C’est ainsi que  la provenance non locale des intrants  menace l’AOP ROCAMADOUR.

L’hygiénisation n’a aucun effet :

  • sur les bactéries sporulées de type clostridies qui peuvent provoquer tétanos,  botulisme, gangrène chez les animaux et l’homme, ou rendre les fromages à pâte cuite impropres à la consommation. La mise en  température les réactive, plutôt que de les tuer,
  • sur le bacille Céréus, sur le virus de  la grippe porcine, et sur certains parasites (vers ronds).
  • les métaux lourds des fumiers et lisiers (ZN, CU, ) certains  antibiotiques ,les pesticides, les PCB, les COV, qui seront transmis au sol lors de l’épandage.

En ce qui concerne  le virus de la grippe aviaire, ce n’est pas la présence d’une usine de méthanisation qui résoudra l’épizootie, liée aux élevages industriels et aux transports .C’est la position de M. Le FOLL, qui semble avoir changé d’avis, préconisant cette semaine, comme  M. Hollande, de revoir les modes de production….

http://www.sudouest.fr/2017/02/13/grippe-aviaire-le-foie-gras-doit-il-etre-produit-differemment-3193944-4720.php

Nous sommes opposés à tout épandage  de digestat  sur nos Causses parce que le Parc Régional des Causses du Quercy est un territoire singulier, extrêmement fragile, qui ne peut  absorber et digérer les excès de l’agriculture industrielle.

Le réseau souterrain karstique alimente en eau potable plus de la moitié des ressources AEP du département !

Le projet de GRAMAT (comme celui de MAYRAC) ne tient pas compte des études hydrogéologiques récentes, spécifiques à ce territoire, supervisées par le PRNCQ en étroite collaboration avec  l’agence  de l’eau ADOUR –GARONNE dont vous êtes le Président.

Pourtant, ces données doivent  servir de support à la délimitation des réglementaires  protections de captages qui se font attendre…

Un guide pratique  « Stratégies de protection des ressources karstiques utilisées pour l’eau potable » a été récemment rédigé  par des experts.

http://www.eaurmc.fr/espace-dinformation/guides-acteurs-de-leau/preserver-leau-destinee-a-la-consommation-humaine.html?eID=dam_frontend_push&docID=1741.

On  y trouve pages 68 à 70, en lien avec la méthode PAPRIKA, et l’application de l’article R.411-4 du Code rural,   des recommandations  qui auraient dû être prises en compte par le porteur de projet, partenaire depuis 2012 du PRNCQ (membre du comité de pilotage), recommandations proscrivant tout épandage  d’intrants, dont le digestat brut,  sur le territoire afin de préserver les eaux souterraines .

Des  alternatives aux épandages (compostage,  fabrication d’ammonitrate) existent  et FONROCHE les met en application à LOUDEAC (Bretagne) ou à l’OIE (Vendée).

Par ailleurs, le dossier FONROCHE est lacunaire   en ce qui concerne  l’eau, l’air, les sols.

L’Eau :Le Syndicat Mixte RANCE- CELE n’a pas été consulté alors que les deux SAGE  CELE et DORDOGNE-Amont sont impliqués.

De très nombreuses communes sont dans l’aire géographique du SAGE CELE, certaines même, dépendent des deux bassins OUYSSE et CELE, mettant  en péril l’interconnexion des réseaux qui alimentent les  rivières souterraines et leurs exutoires.

Plusieurs études hydrogéologiques n’ont pas été consultées ou prises en compte  comme celle des captages AEP de FONT del PITO,(emploi de la méthode PAPRIKA), de Fontbelle, de Courtilles, de Cabouy ;    celle du SIAEP du Sud Ségala, où il existe des résidus  du LASSO (pesticide interdit depuis 2007), de CVM, de traces éléments métalliques !!, celles autour de Montvalent et de MARTEL .

En revanche, on y trouve  deux études hydrogéologiques spécifiques au seul village de TERROU, sans intérêt pour le projet!

Les syndicats gestionnaires, dont les présidents sont souvent des élus,  n’ont  pas mis  en œuvre les démarches  pour une D.U.P et la sécurisation des captages.

Toutefois,  le Code de l’Urbanisme (art L 126-1 et R 126-1 à R 126-3) et  le Code de la Santé publique ((articles L. 1321-2, R. 1321-6 et R. 1321-13.) mettent  en évidence les  nécessaires périmètres de  protection dès que  la ressource en eau est  destinée à la consommation humaine.

Madame la Préfète a dernièrement insisté sur cette absence de respect de la réglementation !

L’air : Les rejets  dans l’atmosphère des différents polluants ont été  minimisés, voire occultés, car il y a tout de même 4 millions de mètres cubes  de Méthane   qui seront brûlés annuellement et si le GAZ est moins polluant que le bois, il est tout de même polluant.

L’évaluation des risques sanitaires est donc incomplète.

Enfin, à  part le  dimensionnement, ce projet n’est pas comparable à celui de VILLENEUVE sur LOT

  • Les intrants sont différents, ce ne sont pas les lisiers et fumiers qui sont dominants. Or ces substrats conditionnent la composition du digestat et son pouvoir de fertilisation. Les  intrants  du Lot et Garonne sont locaux car liés à une activité économique supérieure à celle de Gramat, ne serait-ce que parce que  la communauté urbaine  de Villeneuve représente   50 000 habitants.
  • Le digestat épandu n’est pas un digestat brut mais un digestat liquide après séparation de phase puisqu’il y a compostage de la phase solide. Sa composition en Azote est donc différente. Les surfaces épandues sont moins importantes (3300ha au lieu de 4500ha, voire 6000ha en charge maximale  pour Gramat). Il  faut rappeler que le dossier de Villeneuve  a été autorisé, sans épandage car le digestat devait aller à la  station d’épuration voisine.
  • L’épandage n’a été mis en place que dans un second temps, en 2016, et    Fonroche n’a  pas encore le retour d’expérience  d’un cycle d’épandage !
  • Il n’y a pas de production d’électricité mais injection dans le réseau de GAZ, ce qui pourrait  très bien se faire  à GRAMAT puisque un réseau  existe  dans la ville. De  ce fait, les rejets   atmosphériques de polluants seraient  divisés par  deux (650KW au lieu de 1500KW) et les bénéfices de FONROCHE plus substantiels.
  • 90% des parcelles destinées à être épandues dans le LOT sont  de type 1A ou 1B, c’est-à dire  à épandage sous condition  car vulnérables, ce qui n’apparaît pas dans le dossier de Villeneuve.

En conclusion,

 Voici quelques arguments développés par le  GADEL en opposition à ce projet et à l’épandage de digestat  brut sur le Causse.

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